Trop de bouillie bordelaise brûle les feuilles. Pas assez et les maladies prennent le dessus sans crier gare. Entre les deux, il y a un dosage précis que peu de jardiniers connaissent vraiment, et c’est souvent ce détail qui fait toute la différence au moment de la récolte.
La bouillie bordelaise, c’est quoi exactement ?
Composition et mode d’action
La bouillie bordelaise est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux vive. Le sulfate de cuivre, c’est ce cristal bleu caractéristique qu’on trouve en jardinerie. La chaux, elle, sert à neutraliser l’acidité du cuivre pour ne pas agresser les plantes.
Une fois pulvérisée sur les feuilles et les branches, cette solution crée une barrière physique qui empêche les spores de champignons de germer. Elle ne guérit pas une maladie déjà installée. Elle la prévient, point. Vous savez maintenant que faire en cas d’invasion de fourmis minuscules.
Différence avec un pesticide chimique classique
Un pesticide chimique classique pénètre à l’intérieur de la plante pour agir. La bouillie bordelaise, non. Elle reste en surface et ne circule pas dans les tissus végétaux. C’est ce qu’on appelle un fongicide de contact, par opposition aux fongicides systémiques. Conséquence directe : si la pluie arrive dans les heures qui suivent le traitement, tout est à refaire.
La bouillie bordelaise est-elle autorisée en jardin bio ?
Oui, elle est autorisée en agriculture biologique en France et dans toute l’Union européenne. Mais avec une limite stricte depuis 2018 : pas plus de 28 kg de cuivre par hectare sur 7 ans, soit environ 4 kg/ha/an en moyenne.
Pour un particulier avec quelques arbres fruitiers au fond du jardin, on reste largement en dessous. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut en mettre sans compter. Le cuivre s’accumule dans le sol et finit par nuire aux vers de terre et à la vie microbienne.
Quel dosage appliquer selon l’espèce d’arbre fruitier ?
Le dosage n’est pas le même d’une espèce à l’autre. Un pêcher est nettement plus sensible au cuivre qu’un pommier. Et les périodes de traitement changent aussi selon la biologie de chaque arbre.
Pommiers et poiriers
Pour les pommiers et poiriers, le dosage courant est de 20 g pour 10 litres d’eau, soit 2 g par litre. Les deux traitements principaux se font au débourrement (quand les bourgeons commencent à gonfler au printemps) et à l’automne, après la chute des feuilles. Ces deux espèces sont particulièrement touchées par la tavelure, une maladie fongique qui provoque des taches brunes sur les feuilles et les fruits.
Pêchers et abricotiers
Pêchers et abricotiers supportent moins bien le cuivre. Le dosage descend à 15 g pour 10 litres pour éviter ce qu’on appelle la phytotoxicité, c’est-à-dire des brûlures des tissus végétaux provoquées par une concentration trop élevée en cuivre. Le traitement prioritaire se fait en fin d’hiver, avant que les bourgeons ne s’ouvrent, pour lutter contre la cloque du pêcher, une maladie qui déforme les feuilles et provoque leur chute prématurée.
Cerisiers et pruniers
Pour les cerisiers et pruniers, on revient au dosage standard de 20 g pour 10 litres. La maladie à surveiller est la moniliose, un champignon qui pourrit les fruits directement sur l’arbre. Un traitement en automne, après la récolte, reste la protection la plus efficace sur ces deux espèces. Vous savez maintenant quel arbre planter près d’une maison.
| Espèce | Dosage recommandé | Période clé | Maladie principale ciblée |
| Pommier / Poirier | 20 g pour 10 L | Débourrement + automne | Tavelure |
| Pêcher / Abricotier | 15 g pour 10 L | Fin hiver avant débourrement | Cloque du pêcher |
| Cerisier / Prunier | 20 g pour 10 L | Après récolte, automne | Moniliose |
| Vigne | 20 g pour 10 L | Avant floraison | Mildiou |
À quel moment de l’année faut-il traiter ses arbres fruitiers ?

Le calendrier de traitement est probablement l’information la plus précieuse. Appliquer la bouillie bordelaise au bon moment, c’est souvent plus décisif que la dose elle-même.
- Le débourrement au printemps (entre mars et avril selon les régions) constitue la période d’intervention principale pour la plupart des arbres fruitiers
- Juste après la chute des pétales, un deuxième passage protège les jeunes fruits qui commencent à se former et sont encore très vulnérables
- En automne, dès les premières feuilles tombées, les branches et le tronc sont traités pour éliminer les spores qui hivèrnent dans l’écorce
- En hiver, un traitement de fond est conseillé sur les espèces sensibles comme le pêcher, avant toute reprise végétative
Comment préparer correctement sa bouillie bordelaise ?
La préparation ne prend que quelques minutes, mais elle demande un minimum d’organisation. Voici le matériel à rassembler avant de commencer.
- Un pulvérisateur d’au moins 5 litres, propre et sans résidu d’un traitement précédent
- De la bouillie bordelaise en poudre ou en granulés (facilement disponible en jardinerie ou en grande surface de bricolage)
- De l’eau tiède pour faciliter la dissolution, l’eau froide étant beaucoup moins efficace
- Un verre doseur ou une petite balance pour respecter les quantités exactes selon l’espèce
- Des gants épais, des lunettes de protection et de vieilles tenues, le sulfate de cuivre tache définitivement les tissus
Mélanger d’abord la poudre dans un petit volume d’eau, bien remuer pour ne pas laisser de grumeaux, puis compléter jusqu’au volume final. Ne pas préparer la solution à l’avance, elle perd en efficacité après quelques heures.
Peut-on traiter ses arbres par temps de pluie ?
Non. Pulvériser sous la pluie ou juste avant une averse annoncée ne sert strictement à rien. La bouillie bordelaise a besoin d’au moins 24 heures consécutives sans pluie pour adhérer correctement aux surfaces végétales. Un orage qui arrive 2 heures après le traitement efface tout le travail en quelques minutes. Mieux vaut patienter quelques jours et attendre une fenêtre météo favorable, même si cela décale légèrement le calendrier prévu.
Combien de traitements par saison sont vraiment nécessaires ?
Pour un verger amateur bien entretenu, 2 à 4 traitements par an suffisent largement. Les viticulteurs et arboriculteurs professionnels peuvent aller jusqu’à 6 ou 8 passages lors des printemps particulièrement humides, car la pluie favorise la diffusion des spores fongiques. Multiplier les traitements sans raison valable n’améliore pas la protection, et entraîne une accumulation progressive de cuivre dans le sol sur le long terme.
Quels signes sur les feuilles indiquent un surdosage ?
Trop de cuivre, et l’arbre le montre assez vite. Voici les symptômes à surveiller dans les jours qui suivent un traitement.
- Des taches bleues ou verdâtres apparaissent sur les feuilles, souvent localisées près des nervures et des bords foliaires
- Des feuilles crispées ou légèrement déformées se manifestent 3 à 5 jours après la pulvérisation, signe que les tissus ont été brûlés
- Une chute prématurée des feuilles en plein été indique que le cuivre a attaqué les cellules foliaires sur toute la surface traitée
En cas de surdosage avéré, rincer abondamment les branches à l’eau claire et diviser le dosage lors des prochains traitements. Un excès répété d’une saison à l’autre peut affaiblir durablement l’arbre.